Olivier Bourdeaut – En attendant Bojangles – Finitude

Coup de coeur de Tess:

Dans cette famille, il y a le fils qui nous raconte d’un regard admiratif sa mère et ses extravagances. Elle n’est pas comme les autres, ne veut pas d’une banale réalité et préfère qu’on lui invente de belles histoires. C’est comme ça que le père l’a séduite, lui qui parfume son monde d’un souffle de folie. Il a sombré dans ses yeux de fougères et l’aime d’un amour fou. Depuis ils dansent toujours, faisant de chaque jour un nouveau jour. Elle est double, triple, multiple, Henriette, Hortense, Pauline… Elle voit le monde comme une orange, possède un château en Espagne et une demoiselle de Numidie. Mais un jour, elle dérape, enfin, sa métamorphose évolue de travers et commence à poser problème. La réalité les rattrape, les gros ennuis, les fous rires tristes, les moments sombres et les crises de mélancolie. Mais ils dansent, encore et toujours. Jusqu’au jour où les médecins leurs expliquent qu’il faut la protéger pour protéger les autres… «  Papa m’avait dit qu’il n’y avait que des médecins de la tête pour sortir des phrases pareilles ». Alors ils s’arrangent, un kidnapping, et une fuite sans retour… parce que leur amour est plus fort que tout ! Un roman comme une tornade !

Extrait :
«    Après un silence d’une éternité, l’orchestre avait démarré et mes parents avaient commencé à danser doucement en se tournant autour, la tête légèrement baissée et les yeux dans les yeux, comme s’ils étaient en train de se chercher, de s’apprivoiser. Pour moi, c’était beau et angoissant à la fois. Puis la grande dame en rouge et noir se mit à chanter, les guitares s’énervèrent, les cymbales se mirent à frétiller, les castagnettes à claquer, ma tête à tourner et mes parents à voler. Ils volaient mes parents, ils volaient l’un autour de l’autre, ils volaient les pieds sur terre et la tête en l’air, ils volaient vraiment, ils atterrissaient tout doucement puis redécollaient comme des tourbillons impatients et recommençaient à voler avec passion dans une folie de mouvements incandescents. Jamais je ne les avais vus danser comme ça, ça ressemblait à une première danse, à une dernière aussi. C’était une prière de mouvements, c’était le début et la fin en même temps. Ils dansaient à en perdre le souffle, tandis que moi je retenais le mien pour ne rien rater, ne rien oublier et me souvenir de tous ces gestes fous. » p. 141

 

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